Prison identitaire

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Martineau reste enfermé dans l’universalisme des années 1990' : l'immigration massive a tout changé sur la question identitaire


Je croyais vraiment que c’était fini, qu’on avait tourné la page et qu’on était enfin passé à autre chose.  


Je parle de cette manie saugrenue et exaspérante de découper la société québécoise en petites tranches : les femmes, les gais, les racisés, les trans... 


Mais non. 


C’est revenu.  


Comme une mauvaise habitude. Ou une grippe saisonnière. 


TOUTES SORTES DE MONDE 


Partout, dans tous les médias, des commentateurs disent que ce sont les femmes qui tiennent le système de santé québécois debout.  


Non, les Haïtiens. 


Non, les femmes haïtiennes. 


Oui, il y a des femmes dans le système de santé. Oui, il y a des personnes originaires d’Haïti. Nous les remercions chaleureusement, du fond de notre cœur, vraiment. 


Mais il y a aussi des hommes, des francophones, des anglophones, des allophones, des gens qui sont nés ici, des gens qui sont nés ailleurs, des jeunes, des vieux, des gros, des maigres, des gais, des hétéros, des gens qui viennent du Vietnam, du Chili, de France, d’Iran. 


Je suis sûr que si l’on cherche, on va trouver des médecins ou des infirmières qui viennent du Liechtenstein ou de la Principauté d’Andorre.  


Vous savez ce qu’ils ont en commun ? 








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Ce sont des Québécois ! Tous ! 


Pas des Italo-Québécois ou des Irlando-Québécois. Pas des Québécois transgenres ou des Québécois roux non binaires qui croient à Allah, à Jésus ou à Elvis Presley. 


Des Québécois ! Qui vivent ici, au Québec ! 


L’EXPO 67 


J’ai déjà raconté cette histoire dans ces pages, il y a plusieurs années, mais je vais la répéter.  


Fin 2010, début 2011, je suis allé tourner un reportage dans une école élémentaire du nord de Montréal. Sur chaque case, on avait inscrit le nom de l’étudiant et dessiné le drapeau de son pays d’origine. 


Il y avait des drapeaux haïtiens, des drapeaux grecs, des drapeaux algériens... 


Et deux ou trois drapeaux québécois, perdus dans le tas.  


Cette initiative partait certainement d’une bonne intention. Mais elle m’est apparue absurde, incongrue.  


Ce qu’on aurait dû voir, sur toutes les cases, c’est un seul et unique drapeau : celui du Québec. 


Ces jeunes ne sont pas des immigrants qui vivent au Québec. Ce sont des citoyens, des Québécois à part entière ! 


Cessons de toujours vouloir les attacher à leur pays d’origine. Ce n’est pas un service à leur rendre.  


Ni à nous rendre. 


L’antiracisme, le vrai, c’est de se foutre éperdument d’où les gens viennent. Et de n’attacher aucune importance à la couleur de leur peau.  


CONFINÉS DANS NOTRE IDENTITÉ 


« Oui, cette crise est inquiétante, mais au moins, elle nous force à parler des vraies affaires, au lieu de perdre notre temps à discuter du sexe des anges », écrivais-je il y a quelques jours. 


Faut croire que je suis naïf.  


Je pensais que face à un virus potentiellement mortel qui frappe aux quatre coins du monde, nous étions tous égaux, semblables.  


Des êtres humains. 


Mais non. Nous sommes chacun enfermés dans une case, confinés dans une prison identitaire.  


À quand un vaccin contre la fièvre de l’intersectionnalité ?