Les Mohawks ferment le parc d’Oka

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Blocus des Mohawks : pas d'intervention policière


OKA | Des dizaines de petites familles qui souhaitaient aller profiter du soleil au parc national d’Oka, mercredi, se sont fait chasser par des Mohawks de Kanesatake craintifs que les visiteurs de l’extérieur apportent avec eux la COVID-19. 


«C’est du niaisage, leur affaire. On est partis de loin pour venir ici et notre journée est à l’eau», a ragé Paul, qui a préféré taire son nom de famille, un père de famille montréalais qui tentait d’accéder au parc en compagnie de sa conjointe et de ses deux filles, mais qui a dû rebrousser chemin en raison du blocus. 


La Santé publique avait pourtant annoncé l’ouverture dès mercredi matin des parcs nationaux de la Sépaq. 


De nombreuses personnes ont toutefois eu une bien mauvaise surprise en arrivant sur les lieux. «Moi je fais confiance aux autorités. Et si le gouvernement décide d’ouvrir les parcs, c’est parce qu’ils jugent que c’est sécuritaire d’y aller. C’est vraiment dommage», a dit le Montréalais Daouda Guingani, quelques secondes après s’être fait refuser l’accès au parc en compagnie de sa conjointe et de ses quatre enfants. 


Un groupe de jeunes adultes autochtones vêtus de dossards fluorescents jouaient le rôle de gardiens de sécurité à l’entrée du parc et informait les visiteurs de l’extérieur que l’endroit était fermé, avant de leur demander de faire demi-tour. 


Seuls les résidents de la région immédiate d’Oka sont admis au parc national. Sur son site internet, la Sépaq a publié un avis pour mettre en garde les visiteurs du parc.  





«Des manifestations autochtones en lien avec la COVID-19 se déroulent présentement à l’entrée du parc national d'Oka. Il s’agit d’une situation hors du contrôle de la Sépaq. Des échanges sont en cours entre le gouvernement et les représentants de la communauté», peut-on lire. 


Jugeant la situation «très déplorable», le maire d’Oka, Pascal Quevillon, dit avoir demandé à la Sûreté du Québec d’intervenir pour que la barricade soit démantelée à l’entrée du parc. 


«C’est la goutte qui fait déborder le vase», a-t-il dit en entrevue téléphonique. 


Selon M. Quevillon, ce n’est pas à la communauté mohawk de décider si oui ou non un parc national ouvrira ses portes au public. «Moi, j’appelle ça du "control freak"», a lancé le maire, ajoutant qu’il demande aux politiciens d’agir rapidement dans cet épineux dossier. 


Pour le grand chef de Kanesatake, Serge Simon, la barricade érigée à l’entrée du parc d’Oka vise à empêcher la propagation du coronavirus au sein de sa communauté. 


«Il y a en moyenne 1,4 million de visiteurs par année au parc. C’est beaucoup de gens, ça. Et il y a un grand nombre de ces visiteurs qui viennent ensuite dans nos commerces. On ne veut pas qu’ils infectent nos membres», a-t-il expliqué. 


Le grand chef demande aux autorités de garder le parc d’Oka fermé pour encore deux semaines, le temps «que toutes les mesures sanitaires soient mises en place dans les commerces du secteur». 


Mercredi après-midi, M. Simon n’était pas en mesure de dire si l’accès au parc serait libéré ou non pour la journée de jeudi. 


Du côté de la Sûreté du Québec, on a mentionné «suivre la situation de près» et être «en discussion» avec les différents intervenants impliqués. 


De son côté, la ministre de la Sécurité publique du Québec, Geneviève Guilbault a indiqué qu’elle comprenait que certaines personnes ont des «inquiétudes à divers endroits au Québec, mais notamment dans ce coin-là, sur la période de déconfinement». 


Mme Guilbault a ajouté qu’elle travaillait à trouver «des solutions» pour rassurer la communauté mohawk, mais que de bloquer l’accès au parc n’est pas la bonne chose à faire dans les circonstances. 


«On regarde la situation de santé des premières nations. On est toujours plus haut en diabète, haute pression, problèmes cardiaques, cancer et on est plus susceptibles à ce virus», avait-il confié à TVA Nouvelles en entrevue le 12 mai dernier.    


Celui-ci avait également prévenu que les contrôles routiers resteraient tant que la pandémie persiste.






Yves Poirier/TVA Nouvelles