Le menteur

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« Avec le recul, il est facile de voir que la tenue même du référendum de 1980 fut une erreur. »


Le référendum du 20 mai 1980 ! Déjà 40 ans ?!


On dirait que c’était hier. Aujourd’hui, ma fille me dit que ma barbe blanche me va bien...


En 1980, j’avais 19 ans. Je terminais mon DEC au cégep Garneau à Québec.


J’ai fait mon parcours collégial en trois ans parce que j’ai consacré toute la dernière année à militer à temps plein pour le OUI.


Le plus près que je me suis approché de René Lévesque, ce fut dans une foule de 10 000 personnes, lors d’un rassemblement partisan au vieux Colisée de Québec, dans le quartier Limoilou.


Mensonges


Je n’ai pas été assommé par la défaite de 1980. On la voyait venir. Pour moi, c’était une répétition générale.


Le vrai rendez-vous viendrait plus tard. Il est venu en 1995. Nous fûmes battus par la tricherie organisée et par nos propres divisions.


C’est en 1995 que ma vie a basculé. Devenir prof d’université était mon plan B.


Le plan A était de devenir un haut fonctionnaire du nouvel État du Québec que nous allions construire.


Avec le recul, il est facile de voir que la tenue même du référendum de 1980 fut une erreur.


René Lévesque s’était attaché les poignets avec sa promesse de le tenir lors d’un premier mandat.


Après la défaite, Trudeau père en profita pour nous imposer une refonte du Canada au moyen d’une nouvelle constitution qu’aucun gouvernement du Québec depuis, y compris le plus « canadian », celui de Philippe Couillard, n’a osé signer.


Nous en vivons les conséquences funestes au quotidien.


La charte canadienne fait des francophones un groupe ethnique au même titre que des immigrants fraîchement débarqués.


Elle permet une liberté religieuse quasi absolue dont les fanatiques ont appris à tirer profit.


Elle sert d’arme, au nom de la primauté des droits individuels, pour attaquer devant les tribunaux toute mesure sur la langue française ou la laïcité visant à défendre le caractère particulier du Québec.


Elle se double de l’obligation d’une unanimité des provinces pour introduire des changements sur les sujets fondamentaux, ce qui garantit que le Québec continuera à prêcher dans le désert pendant que son influence déclinera au sein du Canada.


À la fin des années 1980, Brian Mulroney tenta de réparer ce gâchis au moyen de l’Accord du lac Meech.


Personne ne lutta avec plus de hargne que Trudeau père pour tuer cette entente. Il y parvint.


Or, tout ce que contenait cette entente très modeste – reconnaissance du caractère distinct du Québec, droit de veto, trois juges du Québec à la Cour suprême, encadrement du pouvoir fédéral de dépenser – avait été proposé par Trudeau avant ou après le référendum de 1980.


Sitôt sa nouvelle constitution adoptée, en 1982, Trudeau renia chacune de ses promesses.


Il avait menti.


Tragique


Où cela nous laisse-t-il ?


Le multiculturalisme ne libère pas, il déracine.


Encore aujourd’hui, beaucoup de Québécois cherchent inconsciemment l’approbation des anglophones, se regardent à travers leurs yeux.


On peut être moderne, riche, satisfait de soi et colonisé.


Nous sommes un peuple, disait Hubert Aquin, « qui erre dans tous les labyrinthes qui s’offrent à lui ».