Des patients atteints de la COVID-19 surveillés par des caméras à l’Hôpital juif

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La présente crise permet la banalisation de la surveillance généralisée


L’Hôpital juif de Montréal a installé, au cours des derniers jours, des caméras dans les chambres des patients aux soins intensifs, en lien direct avec la crise de la COVID-19.


La nouvelle a été confirmée au Devoir par l’établissement lui-même. « L’Hôpital général juif procède à l’installation de caméras en prévision de deux nouvelles unités de soins intensifs. »


Les caméras sont officiellement mises en place « pour mieux surveiller les patients touchés par la pandémie ».



Ainsi, même sans la présence d’une infirmière dans les chambres, il devient possible d’exercer une surveillance. « Ces caméras reliées à une console centrale vont nous permettre de surveiller encore mieux les patients atteints de la COVID-19 », explique Carl Thériault, du service des communications de l’Hôpital général juif.


Une source du Devoir qui travaille dans une de ces unités d’urgence et dont l’anonymat doit être préservé affirme que « ces mesures sont en préparation au cas où le personnel tomberait malade. Ainsi, une infirmière pourrait surveiller plusieurs patients à distance, par écrans ». Le système a même la possibilité d’enregistrer des images sur une longue durée.


Ces caméras ont été installées dans les secteurs où on s’occupe de patients atteints de la COVID-19.


L’Hôpital juif a été l’un des premiers établissements hospitaliers montréalais à être placés sur la ligne de front dans la foulée de la pandémie.


Les services de communications de l’hôpital ont précisé au Devoir que « cette pratique [d’installer des caméras] est aussi utilisée dans certains hôpitaux américains ». Lesquels ? s’est enquis Le Devoir. « Cette pratique a cours à la Cleveland Clinic », indique-t-on, tout en précisant ignorer « ce qui se fait ailleurs au Québec ».


Des inquiétudes


En 2018, la Cleveland Clinic s’était retrouvée au cœur d’un tourbillon médiatique parce qu’une surveillance illégale par caméras y avait été démasquée.


Le personnel des unités visées par l’installation de ces caméras à l’Hôpital juif a reçu confirmation de celle-ci sans avoir été consulté au préalable.


« On a reçu confirmation de la direction de l’hôpital une fois que les caméras ont bel et bien été installées dans les chambres des soins intensifs », confirme au Devoir Hubert Forcier, le responsable des communications du syndicat, la FSSS-CSN.


Les caméras sont installées dans des ailes où les gens sont atteints de la COVID-19. Heureusement, observe le syndicat, ce sont des endroits « où l’équipement de protection est au rendez-vous ». Mais en ces temps où les effectifs se font rares, « est-ce que c’est le bon moyen de suppléer au manque de personnel » ? Autrement dit, se demande la FSSS-CSN, est-ce que ces caméras vont à terme être utilisées pour pallier un manque de personnel ?


Le syndicat se dit aussi préoccupé par l’intimité des usagers ainsi que par une possible volonté de surveiller le personnel lui-même grâce à cette technologie.


Les appels répétés faits par Le Devoir au Comité des usagers de l’Hôpital général juif sont restés lettre morte. Mais Patricia M. Gagné, la directrice générale du Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU), a affirmé au Devoir être très surprise et préoccupée par cette situation. « Je comprends que c’est confirmé, mais on n’a jamais entendu parler de ça avant. C’est très préoccupant. C’est sûr qu’on va réagir à ça. »


Pour le RPCU, la présence de caméras porte potentiellement atteinte à la dignité et au secret personnel. « Nos usagers doivent consentir et être informés. A priori, des droits ne nous semblent pas respectés. Si une telle pratique est mise en place, elle ne devrait pas être improvisée. »


« En tant que gardien des droits des usagers, le RPCU doit s’inquiéter du fait que des caméras ont été placées dans la chambre de personnes atteintes de la COVID-19 vivant leurs derniers moments aux soins palliatifs. Un établissement qui souhaiterait le faire devrait s’assurer de respecter les droits des usagers et s’assurer que ceux-ci, ou du moins leur répondant, consentent à cette pratique. »


La directrice générale du RPCU rappelle que dans les CHSLD la présence de caméras, autorisée au préalable par les familles ou par les résidents eux-mêmes, avait causé plusieurs problèmes. Dans le contexte actuel, de surcroît en plein cœur d’un hôpital, « ça risque d’être encore plus préoccupant que dans les CHSLD », croit-elle.


« Il y a trop de risques de tomber dans la maltraitance, croit le RPCU. Il faudra s’inspirer de tout le débat qui a eu lieu autour des mécanismes de surveillance dans les CHSLD […]. La situation est ici encore plus épineuse, car les caméras seraient installées par l’établissement et non par l’usager. »



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