24 juin

Bonne fête nationale ! Joyeuse fête à tous les Québécois !

La Fête de la Saint Jean remonte à la Nouvelle-France

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Chronique de Mme Morot-Sir

 


 


Cette date du 24 juin n’est pas une simple date ordinaire, elle marque chaque année la mémoire du temps.


Elle raconte comment dans un autre temps des Français  en très petit nombre, ont traversé les mers,  comment ils sont venus d’un autre  pays, d’un autre continent, apportant  avec eux leur langue française et leur culture,  puis depuis un lieu isolé dominant le fleuve au-dessus d’un  cap, à qui ils ont donné le nom de cap diamant, ils se sont lancés à l’assaut des terres  immenses de ce pays qu’ils ne connaissaient pas, en remontant d’abord ce fleuve, ont traversé des lacs, remonté de nouvelles rivières, toujours aidés des Amérindiens  avec qui ils lièrent de grandes amitiés, descendu un autre fleuve inconnu, appelé le « Père des grandes eaux »  de son nom amérindien Metsi Sipi, pour aller fonder un autre établissement en 1682, baptisé Louisiane en l’honneur du roi de France Louis XIV. Ils ont si bien circulé et découvert toute cette Amérique septentrionale qu’ils sont allés des bords de l’Atlantique jusqu’aux Rocheuses vers l’Ouest,  puis encore plus haut, encore plus loin, jusqu’à la baie d’Hudson au Nord, et ils ont poursuivi vers le Sud depuis les grands lacs canadiens en direction du golfe du Mexique ! Ce nouveau continent appelé Amérique du Nord, était alors français, même si une petite partie étroite sur la côte Est de l’Atlantique, coincée par les Monts Alleghany, était devenue anglophone et jalousait l’immense Nouvelle France de ces Français !


Pour ne pas oublier leur pays, celui de la vieille France, qu’ils avaient un jour quitté, tous les ans le soir du  23 juin, ils faisaient de grands feux et fêtaient la Saint Jean sur ce nouveau sol, où à force de courage ils replantaient solidement  leurs racines.


En effet, chaque année en France, ce jour-là de grands feux étaient allumés pour illuminer la plus courte nuit de l’année. Les origines de ces célébrations du jour le plus long de l’année, se perdent dans la nuit des temps. Les Français voulurent perpétuer à jamais cette coutume sur les rives du fleuve Saint-Laurent, cette magnifique tradition des grands feux de joie de la Saint-Jean. Aussi dès le début du XVIIe siècle, le solstice d’été en Nouvelle-France, avec cette fête de la Saint Jean, était également un moment de grandes réjouissances, tout comme en France. Cela nous est relaté entre autres, dans les Relations des jésuites auxquelles nous devons d’importantes précisions sur cette période héroïque, alors que les pionniers Français exploraient tout un continent. L’Église catholique a par la suite christianisé ces fêtes païennes, ainsi ce 24 juin deviendra celle de la Saint Jean-Baptiste, permettant de maintenir leurs traditions séculaires toujours vivantes.


Lorsqu’un siècle et demi plus tard, les descendants de ces Français pour se différencier de leur Canada devenu anglais, décideront un Québec bien à eux, ils chercheront une date pour leur fête nationale. Ainsi Ludger Duvernay, président de la Société Saint Jean-Baptiste proclamera en 1834 ce 24 juin, jour de la Saint-Jean-Baptiste, Fête nationale des Canadiens français devenus des Québécois, dans leur magnifique pays de Québec.


Cela institutionnalisera simplement une tradition fortement ancrée.


En se référant à l’Histoire, si cette aventure sur ce sol d’Amérique septentrionale a bien en effet commencé avec l’arrivée des Français et Samuel de Champlain, elle n’a fait que s’intégrer à une autre Histoire, vieille de plus de 20.000 ans. Cette facette du Passé, est imprégnée aussi de cette autre Histoire, celle des Amérindiens, car lorsque ces deux peuples se sont rencontrés, cela a été quelque chose d’unique et de particulièrement précieux dans l’Histoire du passé. Cette étonnante alliance a tristement et définitivement pris fin, lorsque près de deux siècles plus tard, un vent étranger a soufflé sur la Nouvelle France !


Alors, tout a été changé ! Chacun s’est retrouvé depuis lors séparés.


Et malheureusement, la mémoire de ce rapprochement des plus extraordinaires a été occulté tout au long des siècles suivants, certains se sont particulièrement appliqués à réécrire l’Histoire en fonction du pouvoir dominant, laissant de côté la véritable.


Les arrivants suivants sur votre sol ont alors été de plus en plus nombreux.


Les disparités avec eux viennent de la langue française bien sûr, de votre hiver sans doute, du poids que l’Église avait précédemment fait peser sur vous, certainement, mais à toutes ces évidences ne faudrait-il pas ajouter une cause supplémentaire bien trop laissée de côté, celle de votre grande amitié avec les peuples amérindiens, et de cette influence amérindienne ? A cause de cela, grâce à cela sans doute, cette aventure française en Amérique n’ayant jamais voulu coloniser ces peuples, mais vivre en bonne entente avec eux, en véritable et belle amitié, est totalement différente de celle des Anglais, ou des Espagnols.


La culture et la langue d’un peuple permettent de transmettre une vision particulière du monde qui dépasse toutes les préoccupations matérielles, mais si personne ne s’y intéresse, le passé glissera dans l’oubli et seul un présent sans relief occupera les esprits, oblitérant tout avenir. « En omettant l’histoire de Nouvelle-France on vide la mémoire de sa substance, on détruit l’identité, on devient imbécile. On a arraché l’héroïsme ancestral des mémoires pour rapetisser les gens, voilà ce qui s’est passé » Cf. Gilles Proulx


L’intérêt de la transmission de cette culture est prépondérant. Mais porter le poids d’une histoire, d’une culture, d’une identité peut sembler insurmontable aux jeunes générations dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, préférant parfois s’en détacher pour mieux adhérer sans doute à l’air du temps.


Alors ce jour de la Saint Jean, fête nationale du Québec il est réconfortant de repenser à cette phrase de Péguy :


« Notre pays est cette terre où l’on parle une langue, où règnent une culture, un esprit, une âme, un culte. C’est une terre où l’âme peut respirer. »


Il  ne faut pas cesser de rappeler cette Histoire pour en garder à jamais  la mémoire, elle est celle d’une incroyable épopée qui loin de s’arrêter à ces pages des grandes explorations françaises puis canadiennes françaises et de cet agrandissement chaque jour plus important de ce pays qu’ils construisaient avec leur enthousiasme légendaire,  s’est poursuivie par la résistance à une mainmise étrangère, et aujourd’hui encore vous leurs descendants vous vous  déclarez différents dans ce coin de monde, dominé par le capitalisme à l’anglaise.


C’est ainsi que malgré plus de deux cent cinquante-sept ans de résistance, un peuple francophone courageux vit dans une mer anglophone, tel un État distinct au milieu d’autres États. Un Etat où on parle français une des plus grandes et plus belles langues du monde qui l'a aidé à survivre.


 


Gens du Pays hymne national du Québec Gilles Vigneault


https://www.youtube.com/watch?v=fEIJrW_auCE


 


Bonne fête nationale, de tout cœur avec vous tous,


 


Marie-Hélène MOROT-SIR


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Marie-Hélène Morot-Sir141 articles

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Auteur de livres historiques : 1608-2008 Quatre cents hivers, autant d’étés ; Le lys, la rose et la feuille d’érable ; Au cœur de la Nouvelle France - tome I - De Champlain à la grand paix de Montréal ; Au cœur de la Nouvelle France - tome II - Des bords du Saint Laurent au golfe du Mexique ; Au cœur de la Nouvelle France - tome III - Les Amérindiens, ce peuple libre autrefois, qu'est-il devenu? ; Le Canada de A à Z au temps de la Nouvelle France ; De lettres en lettres, année 1912 ; De lettres en lettres, année 1925 ; Un vent étranger souffla sur le Nistakinan août 2018. "Les Femmes à l'ombre del'Histoire" janvier 2020   lien vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=evnVbdtlyYA

 

 

 





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